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Caricature

De
ma Coopé au Liban, jai ramené
quelques souvenirs, dont ces caricatures (et
ce bêtisier).
Comme quoi, ça valait le coup dy aller...
Mon
service militaire en Terminale ES au Liban (Témoignage)

La
loi en France étant ce qu’elle est (dure) et
étant par ailleurs insuffisamment handicapé
(pieds plats & astigmatisme prononcé) pour
pouvoir être exempté, Jean-Christophe
Loubet del Bayle (plus connu sous le nom de code ’M.
Loubet’) eut la joie de pouvoir faire son service
militaire. Petite singularité toutefois, c’est
à Jamhour que le matricule 90.310.40514 (Classe
70) a servi son pays.
Remplacez
le doux son du clairon par celui tout aussi mélodieux
de la sonnerie du Collège et la face resplendissante
d’intelligence et de pétulance de l’adjudant-chef
par celles tout aussi vivantes d’élèves
mal réveillés et l’effet est saisissant.
C’est qu’enseigner à 7h30 trois fois par semaine
les sciences économiques et sociales relève
parfois du parcours du combattant.
A
priori, la première heure de la journée
se déroule selon un processus désormais
bien rodé. Après un bonjour marmoné
sans bienveillance particulière, le professeur
enthousiasmé par sa matière (de l’influence
des taux d’intérêt des eurodollars sur
le taux de profit tendanciel des entreprises japonaises,
la redistribution des revenus primaires par l’élargissement
de l’assiette fiscale, etc.), se lance dans son cours
d’autant plus aisément qu’il ne rencontre aucune
opposition de principe. Après dix minutes,
force est pour lui de constater que ses troupes n’ont
pas suivi le mouvement : certains ont entrepris de
compléter une nuit de sommeil perturbée,
d’autres se passionnent pour la météo
locale ou pour la vie des insectes (les abeilles sont
très appréciées), d’autres enfin
achèvent leur petit déjeuner ou «
subsument le néant » (comme dirait le
camarade Hegel).
Scandalisé,
le professeur commence donc à harceler ses
troupes, élevant la voix, les bombardant de
postillons, s’attirant des « Ya Allah chou heida
» comateux. Finalement, après dix minutes
de remise à niveau, les pensées commencent
à s’agiter. Esprit vif (quoique lent au démarrage),
le Terminale ES éprouve un grand plaisir à
repenser les grands problèmes économiques
et sociaux auxquels notre monde est confronté.
Sa plus grande joie est de traquer les faiblesses
des économistes (Smith, Keynes, Marx &
consorts) dont il étudie avec avidité
les théories : « mais Monsieur, cette
hypothèse est idiote », « il n’y
a qu’à baisser les impôts et augmenter
les prestations sociales et tout ira mieux »,
« vous avez vu Bill Clinton sur Euronews, hier
? », « vous préférez Alain
Prost ou Ayrton Senna ? », .
La
discussion s’anime alors, la classe devient lieu de
débat, véritable laboratoire expérimental
où se refait le monde et auprès de qui
le FMI, la Banque Mondiale ou l’OCDE, aurait tant
à apprendre. A ce moment là, tel un
animateur de débat télévisé,
le professeur doit intervenir pour faire redescendre
sur terre les invités (pardon les élèves)
: « revenons à nos moutons, s’il vous
plaît ! ». La chute est brutale. Certains
en profitent pour récupérer de leurs
efforts et reprennent leur somme interrompu, d’autres
plus combatifs, mais néanmoins non suicidaires,
se résolvent à accepter Keynes ou Jean-Baptiste
Say et leurs hypothèses incongrues ; certains
rebelles enfin prennent le maquis ou la tête
de mouvement révolutionnaire.
Finalement,
le clairon/sonnerie vient sonner la fin de l’exercice.
Il est 8h20. Le soleil est maintenant définitivement
levé. La journée commence.
PS
: contrairement à ce que l’article peut laisser
penser, la T.ES, c’est plus sympa que la caserne.
Article
paru dans Nous du Collège, Juillet 1996
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